L’arsenal et l’appétit du Hezbollah font trembler le Liban politique
L'Orient le Jour - Émile KHOURY
02-08-2008
Le fusil qui parle. Et qui est même très loquace. Quoi de plus éloquent, de plus clair, de plus net, de plus précis que le langage musclé du Hezbollah. Un discours, mieux que menaçant, décisionnaire. Au point que l’on se surprend à sourire de la naïveté qu’il y a eu à perdre du temps sur la déclaration ministérielle. Quoi qu’en dise le texte, le parti n’en fera qu’à sa tête en faisant donner corps à ce qu’il veut et en torpillant ce qui ne lui convient pas. Par tous les moyens, en commençant au besoin par les armes, pour faire court et pour soumettre l’État à sa volonté, en attendant de se l’approprier. Sinon en totalité, du moins en légataire principal d’un indivis avec les intrus traditionnels que l’on sait, et leurs bons amis du cru.
Des députés loyalistes rappellent qu’au lendemain de la guerre de juillet 2006, alors que le Hezb criait à la victoire divine pour avoir pu éviter l’élimination, Assad n’avait pas hésité à déclarer que le pouvoir devait revenir, au Liban, à ce vainqueur. En base de l’équation, sans doute héritée du passé éliminateur de son propre père, qui veut que celui qui l’emporte sur le terrain ait le droit de régner. Un point de vue militarisé, quasi dictatorial, approuvé de suite alors par le général Michel Aoun en sa qualité d’allié indéfectible du triomphateur.
Torpillage
Les circonstances régionales et internationales ne lui permettant pas de renverser la table, et le pouvoir, le Hezb a donc entrepris de le paralyser. En retirant ses ministres du gouvernement, en lançant le sit-in des tentes, en multipliant les provocations et les troubles de rue, en organisant des manifestations et des grèves, en poussant Berry à fermer le Parlement. Puis en bloquant la présidentielle pendant six mois. Toujours sous la menace de son armement qu’il a d’ailleurs fini par utiliser en mai pour envahir Beyrouth-Ouest et attaquer la Montagne.
Pendant tout ce temps, le président Siniora et la majorité ont su tenir bon. En résistant, malgré leur bon droit, à la tentation de faire remplacer les ministres démissionnaires, pour ne pas inciter le Hezb à une rébellion armée qui aurait fait sauter le pays. Et en faisant d’importantes concessions apparentes, qui étaient en réalité autant de pièges qu’en face on ne pouvait éviter. Comme de présenter la candidature du général Sleiman, en retirant de la course les candidats du 14 Mars. Comme de consentir, à Doha, à la loi électorale de 1960. Ou comme d’octroyer aux prosyriens le fameux tiers de blocage. En se contentant, qui plus est, d’un portefeuille régalien contre deux au président.
La Syrie y a trouvé matière à crier de nouveau victoire. En affirmant avoir elle-même inspiré, sinon fabriqué, l’accord de Doha, en faveur de ses fidèles du Liban. Là où elle a manifestement raison, c’est dans le fait que cet accord s’est trouvé tout de suite, à son profit, aussi tronqué et dévié que Taëf. Par exemple, en ce qui se rapporte à ses clauses ordonnant que seule règne l’autorité sécuritaire de l’État, sans recours aux armes nulle part sur le territoire, par qui que cela soit. La réponse ne s’est pas fait attendre : des agressions aux missiles contre des bastions loyalistes dans la Békaa, notamment à Taalabaya, à deux pas de la frontière syrienne.
Succession
Mais, à moins d’un improbable retournement total de la situation extérieure, il est exclu que Damas puisse rétablir sa tutelle directe sur le Liban. C’est donc le volet purement intérieur, articulé sur la volonté de domination du Hezbollah, qui marque l’actualité. L’épée de Damoclès de l’armement a servi pour imprimer, au bout de trois semaines, un sens déterminé à la déclaration ministérielle, au programme du gouvernement.
Le Hezbollah a exigé que l’on évoque, en bien et en soutien naturellement, la résistance qu’il prétend incarner. Donc son droit, tout aussi prétendu, de décider seul de la guerre, comme il l’a fait en juillet 2006, quand les bombardements de l’aviation, de l’artillerie terrestre, des chars et de la marine d’Israël se sont acharnés sur l’infrastructure nationale, les ponts, les chaussées, les centrales électriques, bien plus que sur les positions du Hezb, volatiles par définition de guérilla.
Encore une fois, mention spéciale pour Rabieh. C’est là que des responsables du Hezb, en visite, ont lancé des accusations de trahison contre tous ceux qui s’opposent à l’armement du parti, dirigé vers l’intérieur. Pour ajouter qu’il n’y a pas de Liban sans la résistance, et pas de déclaration ministérielle. Prenant les devants, leur hôte avait déclaré que « l’arsenal du Hezbollah est un armement de résistance dont le Liban ne peut se départir avant que ne soient réglés tous les problèmes relatifs à Israël, dont celui du retour des réfugiés palestiniens et du rejet de l’implantation ». Faisant fi de ses anciens principes, du temps de sa propre résistance à certain autre occupant, il consacre ainsi la pérennité de fait d’un armement irrégulier, au mépris de l’État souverain, libre, indépendant. Il lie en effet le désarmement à un règlement global irréalisable avant de longues années, voire des décennies. En foulant aux pieds le droit élémentaire du Liban de dissocier sa propre cause du conflit israélo-arabe, question palestinienne en tête.
Leçon d’histoire
Un droit tout à fait vital que le regretté président Élias Sarkis défendait à cor et à cri devant le monde entier, bien qu’il eût eu les pieds et les poings liés. Ainsi, la note libanaise à la conférence de paix de Madrid précisait clairement que « la participation du Liban ne signifie pas qu’il lie la solution de son problème au règlement du conflit régional. Car le Liban estime qu’il faut traiter sa question de manière séparée, en raison de son caractère d’urgence, de son effet destructeur sur ses structures politiques, économiques et sociales ». Autre homme d’État libanais, et bien qu’étant durant la guerre dans un camp différent, le regretté président Rachid Karamé a certifié cette même nécessité de dissociation dans son intervention à l’ONU, le 5 octobre 1984.
De plus, en quoi l’armement du Hezbollah peut-il influer sur la question de l’implantation ou du retour des réfugiés palestiniens ? On ne voit pas trop, d’autant que ce problème ne relève pas de la responsabilité du seul Liban, mais de celle de tous les pays arabes. Comme l’ont reconnu les résolutions du sommet arabe tenu à Beyrouth. Si les alliés de la Syrie veulent vraiment rejeter l’implantation, le meilleur moyen c’est encore de la prier de ne pas conclure d’accord avec Israël tant que le droit de retour n’aura pas été assuré.
Enfin, le général Michel Aoun souhaite-t-il maintenir son blanc-seing à un armement qui a été dirigé vers l’intérieur ? Veut-il que ce fusil commande Beyrouth puis le Liban tout entier ? Croit-il encore que l’arsenal est réservé à la libération, alors que l’armée et la Finul se sont déployées au Sud et que Chebaa va passer sous tutelle de transmission onusienne ?
2 comments:
Emile Khoury est le journaliste typique au service de la propagande du clan Hariri (dernier exemple en date, ce samedi 2 août... voir article plus bas). Avec ce genre de spécimen, il est normal que de plus en plus de personnes accusent L'Orient le Jour d'être en effet l'organe de presse francophone du clan Hariri.
3 constantes dans les articles de M.Khoury:
1- Tout le mal du Liban est à rejeter sur les Syriens (et les Iraniens bien sûr), jamais sur les Libanais ou autres puissances étrangères
2- Si la faute revient à des Libanais, alors il s'agira toujours du Hezbollah dont il faut diaboliser la moindre prise de position.
3- Enfin, on retrouve toujours une phrase sur la complicité aveugle et machiavélique du général Aoun en faveur d'un régime dictatorial que mettrait en place le Hezbollah.
Emile Khoury, journaliste auto-proclamé, n'hésite pas à créer des histoires et à créer les positions de chacun de ses adversaires politiques. Il se crée des histoires de fiction et depuis quelque temps, il n'arrive pas à voir le bout du tunnel de mensonges dans lequel il s'est empetré.
Encore et encore Mr Emile Khoury qui ne cesse de nous impressioner avec ses histoires abracadabrantes et son analyse pour le moins que l'on puisse dire manque piteusement de bon sens et d'objectivite c'est devenu une coutume chez Mr E.Khoury .
Mais nous sommes dans une soi disant democratie maladive qui permet malheureusement ce genre d'articles qui n'ont pour but que de derouter le lecteur et le mettre sur une fausse route sachant que le pays passe par des moments difficils ou il serai bon de mettre un peu plus de bon sens au lieu de nous crever le coeur avec des commentaires si peu bienvaillants . la seule phrase valable a mon avis dans ce texte serai la suivante bien que Mr khoury tablait plus sur l'insulte moi j'aimerai voir le cote objectif :.."mention spéciale pour Rabieh..." bien sure pour mr Khoury qui se voulait sarcastique viser si piteusement Rabiyeh pour l'accuser de tous les maux Libanais fait bien l'affaire ...mais Rabiyeh merite bien ce titre d'honneur pour avoir su raprocher les Libanais au lieu de constament les diviser comme s'acharne machiaveliquement le clan Haririste qui visiblement loue la plume de certains journalistes comme Mr Khoury pour servir mediatiquement une politique destructrice et divisionaire .
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